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PSYCHOLOGIE
ADLERIENNE
 
l'avant propos ou la vache folle
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Un soir, la conversation dévia sur la psychologie adlérienne dont j'étais un fervent défenseur. James était d'accord avec moi sur le fait que le nom d'Alfred Adler n'était pas souvent mentionné et que ses idées avaient été reprises par bien des professeurs de psychologie.

- Tu veux parler du complexe d'infériorité, Isabelle ? me demanda le père Leonardo.

- Oui ! Vous connaissez la théorie d'Adler ? demandai-je étonnée.

- Bien sûr, il y a bien longtemps, je me suis penché sur ses études et les cas pratiques dont il parle dans ses livres.

- Vous en pensez quoi ?

- Que c'est très différent de Freud !

- Oui ! C'est sûr ! On peut le dire. Freud a axé sa théorie sur le complexe d'Œdipe alors qu'Adler ne considère les manifestations du complexe d'Œdipe que comme une des conséquences de la névrose chez certains patients.

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- Tu veux dire qu'Adler nie le complexe d'Œdipe comme étant le fondement de la personnalité ? me demanda Eddy tout surpris. Enfin ! Tout le monde sait que sans complexe d'Œdipe, l'enfant ne peut pas se construire !

- C'est ce que tu crois et je n'essaierai pas de t'en dissuader. Je ne veux pas rentrer dans une querelle de chapelle, chacun est libre de croire l'une ou l'autre théorie. Même celle de Yung tient la route.

- J'aimerais bien que tu m'expliques. J'ai l'esprit assez ouvert, je crois, pour avoir envie d'en savoir plus, sans préjugés.

- Si tu veux mais je me demande si Jim n'explique pas mieux que moi.

- Non, je ne crois pas ! rétorqua James. Nous t'écoutons Isabelle ! Dis-nous, avec tes mots à toi, ce que tu as compris de la pensée philosophique de ce grand petit bonhomme !

- Je crois que la différence fondamentale avec Freud, c'est qu'Adler pense que l'homme n'agit que poussé par un but qui lui est propre. C'est à dire qu'il va réagir à un contexte ou une circonstance par rapport à son projet conscient ou inconscient. Cet idéal de vie peut être de l'ordre du réalisable et, à ce moment là, il n'y a pas de problème ou alors l'individu se fixe un objectif tellement haut qu'il ne peut l'atteindre. Il le sait plus ou moins. Et durant toute sa vie, tous ses actes, ses paroles, ses pensées et ses rêves vont être marqués par projection dans l'avenir irréalisable.

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- Tu veux dire qu'Adler ne se préoccupe que du style de vie que l'individu a créé consciemment ou non et se désintéresse de son enfance ? demanda Gillou

- Pas du tout ! On ne peut pas comprendre la personnalité et les objectifs de quelqu'un si on ne connaît pas ce qu'il a vécu et ce qu'il a fait de ce vécu, comment il l'a ressenti. Son style de vie, c'est sa création. Deux individus vivant les mêmes situations ne vont pas les vivre de la même manière. L'un sera marqué. L'autre pas. Le premier souvenir de la vie d'un être humain est très important, pourquoi l'individu a choisi de se souvenir de cet événement plutôt qu'un autre.

- Quel est ton premier souvenir ? demanda Ingrid de manière un peu insolente.

- Nous dérivons ! protesta Eddy qui voulait en savoir plus.

- Ça ne me gêne pas ! rétorquais-je, je n'ai pas grand chose à cacher et je n'ai pas honte de ma vie. Je ne renie rien de ce que j'ai fait ou pensé. Mon premier souvenir c'est le visage souriant de ma mère qui se penche vers moi lorsque j'étais très petite. C'est une image pleine de tendresse. Je suis dans une baignoire et elle me tient et me parle gentiment.

- C'est un agréable souvenir ! s'exclama le père Leonardo.

- Pas tant que ça ! Quand j'ai été plus grande, j'étais souvent en colère après ma mère et j'imaginais que j'étais une enfant adoptée parce que dans mon souvenir, ma mère était blonde alors que celle qui me grondait sévèrement avait les cheveux bruns.

- Et alors ? interrogea Réal qui intervenait pour la première fois dans une discussion aussi sérieuse.

- Alors, j'ai découvert, bien plus tard, en feuilletant un album photo que ma mère se décolorer les cheveux en blonds à cette époque de ma jeune vie.

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- Tu peux continuer sur la théorie adlérienne ? demanda le père Leonardo.

- Oui bien sûr ! Je disais donc qu'un individu se projette dans l'avenir et selon que son projet est réalisable ou pas, il sera bien dans sa peau ou pas. Maintenant on peut se demander pourquoi un individu s'invente et s'accroche fermement à son projet insensé d'être le meilleur ou le plus intelligent ou le plus remarquable ou le plus riche ou le plus adulé... Il faut remonter dans son enfance pour analyser ce qu'est devenu son sentiment social. Au départ, nous avons tous les mêmes possibilités. Il suffit d'avoir la chance de pouvoir développer notre sentiment social

- Sentiment social ? demanda Ingrid étonnée et boudeuse.

- Oui ! Nous naissons tous avec un potentiel de sentiment social, un peu comme l'intelligence, comme nous naissons tous, aussi, avec un sentiment d'infériorité.

- Mais je ne me sens pas inférieure ! protesta-t-elle.

- Je n'ai pas dit cela !

- Bien sûr que si ! persifla Ingrid, indignée.

- Laisse-là parler ! intervint Christian agacé.

- Un bébé est fragile, reprit Isabelle, en essayant de maîtriser l'émotion jaillie de l'attaque d'Ingrid. Il dépend du monde qui l'entoure pour se nourrir et se protéger. Tout seul, il meurt. Il est donc inférieur aux adultes qui ont tout pouvoir sur lui car il ne peut se défendre ni survivre en autonomie. De plus, il est tout petit. Ne vous est-il jamais arrivé de revenir sur certains lieux de votre enfance et de trouver que la maison était plus grande dans vos souvenirs ?

- Tu marques un point, déclara Eddy, je me rappelle une statue sur laquelle je jetais des boules de neige. Elle me paraissait immense. Lorsque je l'ai revue, vingt ans plus tard, je l'ai trouvé bien "diminuée" !

- Oui, c'est ça. Le problème, c'est que tout être humain doit surmonter son sentiment normal d'infériorité. C'est le sentiment social qui va l'y aider. En l'absence de ce dernier, dans le cas d'un enfant gâté, détesté ou surprotégé pour cause de maladie, l'enfant peut, je dis bien peut car ce n'est pas une obligation, développer un complexe d'infériorité et toute sa vie sera dirigée par le besoin de surmonter ce complexe écrasant et invivable de n'importe quelle manière, et pas toujours la bonne.

- Tu nous expliques le sentiment social ? demanda Eddy

- Jim, aide-moi ! implorai-je. Je n'en pouvais plus, tout le monde allait s'apercevoir d'un instant à l'autre que je tremblais intérieurement. Trop sensible ! Si seulement j'avais pu m'armer d'une carapace infaillible pour être vraiment indifférente aux attaques d'une perverse comme Ingrid qui prenait un malin plaisir à déstabiliser sa victime, comme une araignée tisse sa toile.

- Le sentiment social, reprit calmement James, c'est le sentiment d'appartenir à un groupe, à l'espèce humaine. C'est la solidarité, la fraternité, le sentiment de faire partie d'un tout avec des droits et des devoirs. Le sentiment social c'est aussi l'amour, l'amour de la mère ou du père ou de celui qui élève l'enfant. Mais la mère peut aussi aimer son enfant sans pour autant développer chez lui ce sentiment social parce qu'elle l'aura mal aimé. Mais il ne faut pas la culpabiliser, elle a fait ce qu'elle a pu. Il y a d'autres aspects qui rentrent dans la formation du style de vie. C'est la position dans la fratrie. Le premier enfant n'a pas les mêmes parents que le deuxième. Je m'explique. Le premier enfant crée la fonction de parent. Lorsque le deuxième enfant naît les deux parents ne sont plus le jeune couple inexpérimenté qu'ils étaient à la première naissance. Ensuite, l'aîné peut jalouser son jeune frère ou sa jeune sœur et en être affecté, croyant être privé des privilèges de l'enfant unique et adulé qu'il était ou croyait être. Cette jalousie peut l'entraîner vers la névrose s'il se laisse gouverner par elle sans chercher à faire de son frère ou de sa sœur un véritable compagnon fraternel. Le deuxième enfant, lui, peut entrer en compétition avec le premier et chercher par tous les moyens, même les plus mauvais, et les plus erronés à devenir le "grand".

- C'est difficile de vivre ! conclut Eddy

- Oui ! C'est pas facile ! Mais on peut y arriver. Surtout si le névrosé demande de l'aide à quelqu'un de compétent qui lui fera prendre suffisamment de recul pour qu'il trouve, lui-même, les solutions à ses problèmes, tout en développant ce fameux sentiment social. Sans un sentiment social suffisamment développé (les gens ne sont pas blancs ou noirs, mais gris à gris foncé), la personne se sent seule et profondément incomprise. Elle en souffre. Il ne faut jamais oublier cet état de souffrance réel.

- Et la religion dans tout cela ? demanda Ali.

- Si la religion développe le sentiment de fraternité c'est gagné. Si elle ne sert qu'à culpabiliser la personne de ses faiblesses (ce que les catholiques appellent des péchés), elle peut faire d'épouvantables ravages.

- Tu y vas fort ! protesta le père Leonardo, l'Eglise cherche à responsabiliser chacun de nous, pas à nous culpabiliser !

- Tu me conseilles quoi comme livre de chevet sur Adler ? me demanda Eddy.

- Tout ! répondis-je en riant, ne sachant que répondre.

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